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Le digital représente une opportunité croissante
pour la collecte de dons ponctuels
(+10 % entre 2019 et 2023).

Mais pour entretenir cet élan,
les appels aux dons doivent être
de plus en plus inventifs.

La double ambition de l’opération
« PAY FOR WALLS »
est d’interpeller malicieusement les lecteurs et lectrices
de la presse en ligne, tout en présentant concrètement
les objectifs du Samusocial de Paris.










INTERVIEW
TECHNIKART




Pourrais-tu te présenter
en quelques mots ?

Stanislas Brunel, 32 ans, créatif en agence de publicité
depuis 10 ans (3 années de freelance et 7 de CDI
(McCann + Havas).
J’ai pratiqué tous les métiers de la création mais
c’est en tant que Directeur Artistique que j’ai pris le plus de briefs.
Je suis maintenant Creative Lead indépendant,
accompagné d’une belle équipe de freelances talentueux·ses.

Comment est née l’idée
de votre campagne ? 

Étant habitué depuis des années à imaginer et orchestrer
des campagnes d’appels aux dons pour de nombreuses causes,
je suis toujours à la recherche de nouvelles astuces
pour détourner l’argent qui transite par internet.
En explorant les différents points de paiement en ligne,
on tombe toujours sur de belles opportunités.
D’ailleurs, j’en profite pour saluer l’excellente idée
« L’abonnement solidaire » qui découle de la même analyse
de nos nouvelles habitudes digitales.

L’accès à l’article est soumis
à un paiement via un système de Paywall.
Pourriez-vous détailler les stratégies
employées afin de convaincre
les utilisateurs de s’acquitter
de cette somme pour accéder au contenu ? 

La réussite de ce projet repose sur deux éléments clés :
la capacité du Samusocial de Paris à rendre sa vision désirable
et la volonté des potentiels donateurs·ices de la financer
Pour rendre la vision désirable, il faut révéler un monde
dans lequel la mission du Samusocial de Paris est accomplie
grâce à quelques titres « putaclics » disséminés en ligne
(« L’exclusion est éradiquée à Paris » par exemple).
Ils feront office d’hameçons pour rediriger
les internautes vers l’article. 
Pour pousser l’internaute à devenir donateur·ice,
il faut lui faire réaliser à quel point la tâche
est immense (et coûteuse).
C’est précisément le rôle que joue le Paywall.
Si l’internaute s’est senti·e enthousiaste en lisant le titre
et séduit·e par la démarche, il est fort probable
qu’il·elle veuille participer à l’émergence
de ce monde qui n’a plus besoin du Samusocial de Paris.

Aujourd’hui, le don n’est pas encore
une pratique universellement adoptée.
Pensez-vous toutefois qu’il pourrait bientôt
s’imposer comme une habitude courante ?

Je crois que s’il est bien proposé et justifié,
le don peut devenir une dépense intégrée à tous les budgets.

Pour convaincre de réaliser des dons, je suis persuadé
qu’il faut d’abord soigner l’approche et l’accroche.
Le meilleur exemple récent est la campagne
« Le nouveau geste solidaire » de BETC 
pour la Fondation pour le Logement des Défavorisés.

Nous avons aussi toutes et tous intégré assez naturellement
le mécanisme de « l’arrondi » pour effectuer des dons
en faisant nos courses (80 millions d’euros collectés
en France depuis 2009 (source : France Info)).
Dans ces deux cas, c’est l’usage émergent
du paiement sans contact qui permet
de rendre le don ludique et donc agréable.

Il faut également chercher à pérenniser la démarche
et s’assurer que la mensualisation des dons ne soit pas perçue
comme une « dépense fusible » mais comme un engagement
sur le long terme.
Pour y parvenir, Il faut sans cesse expliquer et rappeler
comment ces dons sont mis à contribution
de projets ambitieux mais accessibles.

Il est aussi nécessaire de rappeler que les dons sont défiscalisés.
Ils offrent la possibilité de bénéficier d’une réduction d’impôt
(75% du montant du don).
Cet argument est très souvent un levier efficace
pour convaincre de s’engager sur le long terme.

À votre avis,
pour quelles raisons est-il plus aisé d’ignorer
une situation plutôt que d’y réagir activement ?

Détourner le regard d’une situation qui nous dérange
c’est souvent tenter de se protéger d’une réalité qui nous effraie.

On préfère ignorer les personnes les plus défavorisées
parce qu’elles nous rappellent à quel point notre système
est faillible et que nous sommes toutes et tous susceptibles
de nous laisser dépasser par un accident de la vie.

Pourtant la solution est simple :
participer à corriger les injustices pour éviter de les redouter.

Après tout, faire un don au Samusocial de Paris
c’est aussi s’assurer que l’association pourra nous venir
en aide si par malheur un jour nous avions besoin de ses services.



Conception rédaction
Direction artistique
Stanislas Brunel